Le Dernier Homme de Cousin de Grainville, ou le monstrueux spectacle de la nature
Noémie Rochat NogalesL’ordre de la nature, vu par certains comme la preuve de l’existence et de la bonté de Dieu envers les hommes, inspire les poètes et les écrivains au dix-huitième siècle. Preuve en est le très grand succès du Spectacle de la nature de l’abbé Pluche. La nature s’offre en effet à la jouissance des sens selon un plan divin perceptible en filigrane, une idée que Bernardin de Saint-Pierre, notamment, reformulera abondamment. Avec le développement des sciences naturelles, de spectateur, l’homme devient progressivement acteur dans ce monde où les ressources sont à sa disposition et, au tournant des Lumières, la poésie scientifique s’en fait l’écho, alors qu’en parallèle, dans le sillage de Bernardin, Chateaubriand magnifie encore une nature édénique, tout en déplorant sa perte après l’épisode de la Chute. Un texte questionne ces deux positions, en rappelant l’origine divine de la nature autant que les ravages que celle-ci subit de la part d’une humanité assoiffée de progrès jusqu’à l’autodestruction: il s’agit du Dernier Homme (1805) de Cousin de Grainville. À l’encontre d’une nature dans laquelle triomphe la bonté divine ou la puissance humaine, ce poème en prose est parcouru de phénomènes naturels monstrueux qui annoncent la fin des temps, une fin dont même le Créateur semble se réjouir.
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