De la souveraineté absolue à la tyrannie des instincts: figures de la monstruosité morale entre le
xviii
e
et le
xix
Claude-Olivier Doron Cet article réexamine la thèse de Michel Foucault selon laquelle la monstruosité morale n’apparaîtrait qu’au seuil du dix-neuvième siècle, sous la forme du monstre politique, tous les ‘anormaux’ du dix-neuvième siècle étant censés descendre de cette figure. La monstruosité morale a été en vérité travaillée dès le début du dix-huitième siècle dans la philosophie du sens moral, philosophie qui marque l’aliénisme du dix-neuvième siècle. Elle s’y donne d’abord comme une négativité absolue mais se trouve souvent ramenée à une exagération radicale des passions égoïstes. C’est dans cette perspective que le monstre politique, qui revendique sa souveraineté absolue sur autrui, l’incarne. Or, précisément, la monstruosité morale n’a pu devenir l’objet des savoirs psychiatriques et criminologiques au dix-neuvième siècle qu’en rompant avec cette analyse: on l’envisage moins comme un excès de souveraineté sur autrui que comme une absence de souveraineté sur soi liée à une absence de développement du sens moral, une perversion des instincts ou une lésion de la volonté. Après être revenu sur cette transformation, l’article propose une cartographie des différentes manières d’envisager la monstruosité morale et son lien avec la nature humaine au dix-neuvième siècle en distinguant un modèle qui l’analyse comme une perversion morbide, un autre qui en fait un état anormal constitutif lié à une abolition du sens moral, et un autre qui l’ancre dans la nature animale de l’homme.
This article was published open access under a CC BY-NC-ND licence: